Nombre de porte-graines en production de semences potagères

Nombre de porte-graines en production de semences potagères

Céline Berger - Auteur

Cette fiche propose une synthèse opérationnelle pour évaluer le nombre minimal de porte-graines à cultiver en production de semences potagères. (voir le document complet en bibliographie)

Pourquoi cultiver un nombre suffisant de porte-graines ? 

Ce nombre ne répond pas seulement à un objectif quantitatif lié à la récolte : il influence aussi la sécurité de celle-ci, la qualité de pollinisation, le maintien de la diversité génétique et le risque de dépression génétique. En effet, un effectif trop faible peut compromettre la récolte et/ou réduire la diversité génétique du lot récolté, ce qui peut fragiliser la population d’une variété appartenant à une espèce allogame sensible à la consanguinité. 

Sécuriser la récolte 

Cultiver un effectif trop restreint augmente le risque de perte totale d’une variété, en particulier dans un programme de maintenance ou de création variétale. Un nombre de parents plus élevé permet d’absorber une partie des pertes liées aux ravageurs, maladies, accidents climatiques, problèmes de conformité variétale ou besoins d’écarter des plants hors-types. 

Assurer une bonne pollinisation 

Certaines espèces auto-incompatibles ne peuvent pas produire de graines si elles ne reçoivent pas du pollen provenant d’autres individus génétiquement différents. Dans ces cas, un nombre suffisant de plantes en fleur est indispensable pour garantir la fécondation. 

Récolter assez de semences 

Le nombre de porte-graines doit aussi être dimensionné selon l’objectif de production, par exemple pour honorer un contrat de multiplication ou alimenter un programme de sélection de conservation. En pratique, ce raisonnement doit croiser le rendement attendu, la surface disponible et la quantité finale de semences recherchée. 

Maintenir la diversité génétique 

Multiplier un nombre suffisant de plantes permet de conserver davantage d’allèles au sein de la population et de préserver sa capacité d’adaptation face aux stress biotiques ou abiotiques. Cette fonction est particulièrement importante pour les variétés populations et les espèces allogames, chez lesquelles la diversité intra-population contribue fortement à la résilience. 

Éviter la dépression génétique 

Chez certaines espèces allogames, une réduction excessive du nombre de parents peut entraîner une perte de vigueur liée à la dépression de consanguinité. Cet enjeu doit être raisonné en lien avec la biologie de l’espèce et avec l’intensité de la pollinisation croisée au sein de la parcelle. Par exemple, la betterave, la carotte, le maïs, le poireau ou certains choux sont très sensibles, alors que les courges sont très peu sensibles à la dépression de consanguinité. 

Paramètres à considérer pour cultiver un nombre adéquat de porte-graines 

Point à vérifier Repère pratique 
Finalité de la culture Maintenance variétale, production contractuelle ou pour subvenir à ses propres besoins en semences : le besoin en semences et le niveau d’exigence ne sont pas les mêmes. 
Type de reproduction Le nombre minimal de porte-graines dépend d’abord du degré d’autogamie ou d’allogamie de l’espèce. 
Sensibilité à la dépression génétique Les espèces allogames très sensibles à la dépression de consanguinité demandent davantage de parents que les espèces autogames ou les espèces peu sensibles. 
Rendement attendu Le rendement par plante ou par parcelle détermine le nombre de porte-graines nécessaires pour atteindre le volume visé. 
Risques de perte Plus l’effectif est faible, plus une attaque de ravageurs, une maladie ou un aléa climatique met la variété en danger. 

 Repères chiffrés 

Cas des autogames 

Pour les espèces majoritairement autogames, vingt porte-graines semblent suffisants pour transmettre la majorité de l’hétérogénéité génétique d’une variété à la génération suivante, tandis qu’environ quarante plants permettent d’en préserver à peu près l’intégralité. Lorsque les semences sont récoltées sur un seul plant autogame, il ne s’agit plus réellement du maintien de la variété dans toute sa diversité, mais de la conservation d’une lignée. 

Une espèce autogame n’est pas dépourvue de diversité génétique. Cette diversité se maintient notamment par la recombinaison, les flux de gènes à courte ou longue distance, la structuration en petites populations et la sélection naturelle selon les niches écologiques. En production, cela signifie qu’un effectif modeste peut suffire à préserver la variété, mais qu’il reste utile de raisonner les porte-graines avec méthode lorsqu’il s’agit de maintenance, de sélection ou de restauration de diversité. 

Cas des allogames 

Pour les espèces allogames, une fourchette de 40 à 200 porte-graines est considérée comme acceptable, avec des ajustements selon la sensibilité de l’espèce à la dépression génétique. Par exemple, le maïs devrait plutôt être multiplié avec plus de 200 porte-graines, la carotte nécessite environ 40 à 100 individus et certaines courges peuvent être maintenues sur une base d’environ 20 plants en raison de leur faible sensibilité à la consanguinité. 

Recommandations pratiques 

Avant implantation 

  • Définir l’objectif de la culture : sauvegarde, maintenance, création variétale, production commerciale ou production amateure ; 
  • Identifier le mode de reproduction de l’espèce et sa sensibilité à la dépression génétique. 
  • Estimer le rendement attendu afin de traduire le besoin en semences en nombre de porte-graines. 
  • Prévoir une marge de sécurité pour compenser les pertes possibles en cours de culture. 

Pendant la culture 

  • Favoriser une pollinisation croisée efficace chez les espèces allogames, en évitant les dispositifs trop linéaires et en recherchant une bonne proximité fonctionnelle entre plantes en fleur. 
  • Éliminer les hors-types tout en conservant un effectif suffisant jusqu’à la récolte. 
  • Surveiller les accidents de culture qui pourraient réduire fortement l’effectif utile. 

Si la place manque 

Lorsque la parcelle disponible ne permet pas de cultiver suffisamment de porte-graines allogames en une seule génération, il est possible de mettre en place une stratégie de compromis en produisant un certain nombre de plants sur deux générations successives, et en mélangeant les semences récoltées pour implanter la population parentale suivante. Cette option permet d’entretenir la diversité génétique, à condition de suivre rigoureusement les lots et les mélanges intergénérationnels.